{"id":845,"date":"2026-07-15T05:18:48","date_gmt":"2026-07-15T05:18:48","guid":{"rendered":"https:\/\/artworkpost.com\/le-jardin-des-delices-terrestres\/"},"modified":"2026-10-10T08:35:50","modified_gmt":"2026-10-10T08:35:50","slug":"le-jardin-des-delices-terrestres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/le-jardin-des-delices-terrestres\/","title":{"rendered":"Le Jardin des d\u00e9lices terrestres \u2013 Le tableau que Philippe II a fait venir \u00e0 l&rsquo;Escorial"},"content":{"rendered":"<p class=\"lead\"><strong>Le titre sous lequel le monde entier conna\u00eet ce triptyque n&rsquo;est pas celui de Bosch. Quand il arrive au monast\u00e8re de l&rsquo;Escorial, en 1593, sur ordre du roi d&rsquo;Espagne Philippe II, on l&rsquo;appelle \u00ab la peinture du Madro\u00f1o \u00bb, l&rsquo;arbousier \u2013 d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;arbre peint dans le volet de gauche. Avant cela, il avait orn\u00e9 le palais des comtes de Nassau \u00e0 Bruxelles, puis avait \u00e9t\u00e9 saisi pendant la guerre des Pays-Bas. Aujourd&rsquo;hui, Le Jardin des d\u00e9lices est l&rsquo;\u0153uvre la plus c\u00e9l\u00e8bre du Prado : en 2016, l&rsquo;exposition consacr\u00e9e \u00e0 Bosch a d\u00e9pass\u00e9 les 600 000 visiteurs, un record pour le mus\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<h2>En bref<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Artiste :<\/strong> <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/artist\/hieronymus-bosch\/\">J\u00e9r\u00f4me Bosch (vers 1450-1516)<\/a><\/li>\n<li><strong>Date :<\/strong> vers 1490-1500 selon le mus\u00e9e du Prado<\/li>\n<li><strong>Technique :<\/strong> huile sur panneaux de ch\u00eane<\/li>\n<li><strong>Dimensions :<\/strong> 205,5 \u00d7 384,9 cm, volets ouverts<\/li>\n<li><strong>Nom ancien :<\/strong> \u00ab la peinture du Madro\u00f1o \u00bb (de l&rsquo;arbousier)<\/li>\n<li><strong>Mouvement :<\/strong> <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/movement\/northern-renaissance\/\">Renaissance du Nord<\/a> \u2013 primitifs flamands<\/li>\n<li><strong>Lieu de conservation :<\/strong> <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/museum\/prado-madrid\/\">mus\u00e9e du Prado, Madrid<\/a>, depuis 1939<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Un triptyque pour un palais<\/h2>\n<p>Le Jardin des d\u00e9lices ne se trouvait pas dans une \u00e9glise. La premi\u00e8re mention connue date du 30 juillet 1517, un an apr\u00e8s la mort de Bosch : un voyageur italien, Antonio de Beatis, secr\u00e9taire du cardenal Louis d&rsquo;Aragon, le voit dans le palais des comtes de Nassau, \u00e0 Bruxelles, et d\u00e9crit une peinture remplie de \u00ab choses bizarres \u00bb. La puissante famille de Nassau poss\u00e9dait un ch\u00e2teau \u00e0 Breda, non loin de Bois-le-Duc, la ville de Bosch. On ignore si le triptyque a \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par le comte Engelbert II, mort en 1504, ou par son neveu, Henri III. Son sujet profane a m\u00eame fait penser \u00e0 une \u0153uvre li\u00e9e \u00e0 un mariage.<\/p>\n<p>Le tableau passe ensuite \u00e0 Guillaume d&rsquo;Orange, chef de la r\u00e9volte des Pays-Bas contre l&rsquo;Espagne. En 1568, le duc d&rsquo;Albe, g\u00e9n\u00e9ral de Philippe II, le confisque. Apr\u00e8s plusieurs propri\u00e9taires, dont un fils du duc, le triptyque est achet\u00e9 par Philippe II lors d&rsquo;une vente aux ench\u00e8res et envoy\u00e9, le 8 juillet 1593, au monast\u00e8re de l&rsquo;Escorial, pr\u00e8s de Madrid. Il y reste jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre civile espagnole, avant d&rsquo;entrer au Prado en 1939.<\/p>\n<h2>Trois mondes en un<\/h2>\n<p>Le triptyque se lit de gauche \u00e0 droite, comme une histoire de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Volets ferm\u00e9s.<\/strong> On d\u00e9couvre d&rsquo;abord, peinte en grisaille, une grande sph\u00e8re transparente : la Terre au troisi\u00e8me jour de la Cr\u00e9ation, encore sans hommes ni animaux, \u00e9mergeant des eaux. En haut, Dieu le P\u00e8re, minuscule, observe son \u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 gauche, le Paradis.<\/strong> Dieu pr\u00e9sente \u00c8ve \u00e0 Adam dans un jardin peupl\u00e9 d&rsquo;animaux exotiques et fantastiques \u2013 une girafe, un \u00e9l\u00e9phant, une licorne. Au centre se dresse une \u00e9trange fontaine rose, mi-v\u00e9g\u00e9tale, mi-min\u00e9rale. Mais d\u00e9j\u00e0, des signes inqui\u00e9tants apparaissent : des animaux s&rsquo;entre-d\u00e9vorent, une chouette guette depuis la fontaine.<\/p>\n<p><strong>Au centre, le jardin.<\/strong> Des centaines de personnages nus, hommes et femmes, s&rsquo;adonnent aux plaisirs dans un paysage irr\u00e9el : ils mangent des fraises et des cerises g\u00e9antes, s&rsquo;enlacent dans des bulles de verre, chevauchent des oiseaux immenses, tournent autour d&rsquo;un bassin \u00e0 dos d&rsquo;animaux. Les couleurs sont claires et joyeuses. Mais ces plaisirs sont fragiles et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, comme les fruits qui pourrissent et les bulles qui \u00e9clatent.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 droite, l&rsquo;Enfer.<\/strong> Le ciel devient noir, travers\u00e9 d&rsquo;incendies. Les instruments de musique se transforment en instruments de torture. Un monstre \u00e0 t\u00eate d&rsquo;oiseau, assis sur une chaise perc\u00e9e, d\u00e9vore les damn\u00e9s. Au centre, l&rsquo;\u00ab homme-arbre \u00bb, au corps creux en forme de coquille, abrite une taverne ; son visage se retourne vers nous.<\/p>\n<h2>Symbolisme et d\u00e9tails \u00e0 observer<\/h2>\n<p><strong>Les fruits.<\/strong> Fraises, cerises, m\u00fbres : ces fruits d\u00e9licieux mais vite g\u00e2t\u00e9s \u00e9voquent la bri\u00e8vet\u00e9 du plaisir. L&rsquo;arbousier, dont le fruit ressemble \u00e0 une fraise, a donn\u00e9 au tableau son nom ancien.<\/p>\n<p><strong>Les bulles et les coquilles.<\/strong> Elles enferment des couples : l&rsquo;amour y est aussi fragile que le verre.<\/p>\n<p><strong>La musique de l&rsquo;Enfer.<\/strong> Un damn\u00e9 est \u00e9cras\u00e9 sous un luth, un autre crucifi\u00e9 sur une harpe. Sur les fesses d&rsquo;un troisi\u00e8me, une partition est peinte. En 2014, une \u00e9tudiante am\u00e9ricaine l&rsquo;a transcrite et jou\u00e9e \u2013 nous racontons cette histoire dans <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/neuf-choses-apprises-sur-des-tableaux-celebres\/\">Neuf choses que nous avons apprises sur des tableaux c\u00e9l\u00e8bres apr\u00e8s l&rsquo;impression de votre manuel<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Le sens.<\/strong> On a propos\u00e9 de tr\u00e8s nombreuses lectures : une mise en garde contre le p\u00e9ch\u00e9 de luxure, une image de l&rsquo;humanit\u00e9 avant le D\u00e9luge, un monde \u00e0 l&rsquo;envers. Bosch n&rsquo;a laiss\u00e9 aucun texte, et aucune interpr\u00e9tation ne fait l&rsquo;unanimit\u00e9.<\/p>\n<h2>\u00c0 propos de J\u00e9r\u00f4me Bosch<\/h2>\n<p>Jheronimus van Aken, dit Bosch, na\u00eet vers 1450 \u00e0 Bois-le-Duc (&lsquo;s-Hertogenbosch), dans le duch\u00e9 de Brabant, dans une famille de peintres. Il prend le nom de sa ville pour signer ses \u0153uvres. Il y passe presque toute sa vie, membre d&rsquo;une confr\u00e9rie religieuse prestigieuse, l&rsquo;Illustre Confr\u00e9rie de Notre-Dame, et meurt en 1516.<\/p>\n<p>On ne lui attribue aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;une vingtaine de tableaux. Mais son imagination \u2013 monstres, hybrides, paysages fantastiques \u2013 a marqu\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;artistes. Pieter Bruegel l&rsquo;Ancien a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re comme \u00ab nouveau Bosch \u00bb ; on retrouve son h\u00e9ritage jusque dans les foules de <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/les-chasseurs-dans-la-neige\/\">Les Chasseurs dans la neige<\/a> et l&rsquo;architecture de <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/la-tour-de-babel\/\">La Tour de Babel<\/a>.<\/p>\n<h2>H\u00e9ritage et influence<\/h2>\n<p>Philippe II d&rsquo;Espagne a \u00e9t\u00e9 le plus grand collectionneur de Bosch : il a r\u00e9uni plusieurs de ses \u0153uvres \u00e0 l&rsquo;Escorial. C&rsquo;est pourquoi le Prado conserve aujourd&rsquo;hui la plus belle collection de Bosch au monde. Le moine Jos\u00e9 de Sig\u00fcenza, qui d\u00e9crivit le monast\u00e8re, voyait dans le triptyque une m\u00e9ditation sur la gloire vaine et le plaisir bref.<\/p>\n<p>Au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les surr\u00e9alistes ont vu en Bosch un pr\u00e9curseur, capable de peindre les r\u00eaves et les fantasmes. Le triptyque continue d&rsquo;inspirer artistes, cin\u00e9astes, musiciens et cr\u00e9ateurs de jeux vid\u00e9o.<\/p>\n<p>En 2016, pour le 500<sup>e<\/sup> anniversaire de la mort du peintre, le Prado a organis\u00e9 une grande exposition Bosch, qui a d\u00e9pass\u00e9 les 600 000 visiteurs, un record historique pour le mus\u00e9e.<\/p>\n<h2>Et en France ?<\/h2>\n<p><strong>Un Bosch au Louvre.<\/strong> Le mus\u00e9e du Louvre conserve <em>La Nef des fous<\/em>, un petit panneau de Bosch, fragment d&rsquo;un triptyque aujourd&rsquo;hui d\u00e9membr\u00e9. Une barque surcharg\u00e9e, o\u00f9 se m\u00ealent moines, religieuses et paysans qui boivent, chantent et mangent, d\u00e9rive sans gouvernail : une satire de la folie humaine, proche par l&rsquo;esprit de certaines sc\u00e8nes du Jardin des d\u00e9lices. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de voir, \u00e0 Paris, l&rsquo;univers de Bosch de tout pr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Les surr\u00e9alistes fran\u00e7ais.<\/strong> Andr\u00e9 Breton et les surr\u00e9alistes, \u00e0 Paris, ont fait de Bosch l&rsquo;un de leurs anc\u00eatres. Cette relecture moderne a beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 actuelle du triptyque.<\/p>\n<p><strong>Le Prado, pour les Fran\u00e7ais.<\/strong> \u00c0 Madrid, \u00e0 deux heures d&rsquo;avion de Paris, le Prado rassemble \u00e0 quelques salles de distance le Jardin des d\u00e9lices, <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/las-meninas\/\">Las Meninas<\/a> de Vel\u00e1zquez et les peintures noires de Goya, dont <a href=\"https:\/\/artworkpost.com\/fr\/saturne-devorant-son-fils\/\">Saturne d\u00e9vorant son fils<\/a>.<\/p>\n<h2>O\u00f9 voir l&rsquo;\u0153uvre aujourd&rsquo;hui<\/h2>\n<p>Le Jardin des d\u00e9lices est expos\u00e9 au <strong>mus\u00e9e du Prado<\/strong>, \u00e0 Madrid, dans les salles consacr\u00e9es \u00e0 la peinture flamande, avec d&rsquo;autres \u0153uvres de Bosch.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Horaires et tarifs :<\/strong> le Prado est ouvert tous les jours, y compris le lundi ; les deux derni\u00e8res heures sont gratuites, mais tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9es. V\u00e9rifiez sur le site du mus\u00e9e et r\u00e9servez en ligne.<\/li>\n<li><strong>Venez t\u00f4t<\/strong> : le triptyque est la salle la plus fr\u00e9quent\u00e9e du mus\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Approchez-vous<\/strong> : de nombreux d\u00e9tails mesurent moins d&rsquo;un centim\u00e8tre.<\/li>\n<li><strong>Demandez \u00e0 voir les volets<\/strong> : le revers en grisaille est parfois visible ; renseignez-vous sur sa pr\u00e9sentation.<\/li>\n<li><strong>Dans le m\u00eame mus\u00e9e :<\/strong> d&rsquo;autres Bosch, Bruegel l&rsquo;Ancien (<em>Le Triomphe de la Mort<\/em>), D\u00fcrer, Vel\u00e1zquez et Goya.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Questions fr\u00e9quentes<\/h2>\n<h3>Quand Le Jardin des d\u00e9lices a-t-il \u00e9t\u00e9 peint ?<\/h3>\n<p>Le mus\u00e9e du Prado le date d&rsquo;environ 1490-1500. L&rsquo;\u00e9tude des panneaux de ch\u00eane montre qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 produits apr\u00e8s les ann\u00e9es 1460.<\/p>\n<h3>Pourquoi l&rsquo;appelait-on \u00ab la peinture du Madro\u00f1o \u00bb ?<\/h3>\n<p>Parce qu&rsquo;un arbousier (<em>madro\u00f1o<\/em> en espagnol) appara\u00eet dans le volet de gauche. Le titre actuel, <em>Le Jardin des d\u00e9lices<\/em>, est moderne.<\/p>\n<h3>Qui a command\u00e9 le triptyque ?<\/h3>\n<p>Il est li\u00e9 \u00e0 la famille de Nassau : on l&rsquo;a vu en 1517 dans leur palais de Bruxelles. On ignore s&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par Engelbert II de Nassau ou par son neveu Henri III.<\/p>\n<h3>Comment est-il arriv\u00e9 en Espagne ?<\/h3>\n<p>Confisqu\u00e9 en 1568 par le duc d&rsquo;Albe sur les biens de Guillaume d&rsquo;Orange, il est ensuite achet\u00e9 par Philippe II, qui l&rsquo;envoie \u00e0 l&rsquo;Escorial en 1593. Il est entr\u00e9 au Prado en 1939.<\/p>\n<h3>Peut-on voir un Bosch en France ?<\/h3>\n<p>Oui : <em>La Nef des fous<\/em> est conserv\u00e9e au mus\u00e9e du Louvre.<\/p>\n<p>Bosch a peint, pour le palais d&rsquo;une famille princi\u00e8re, un paradis inqui\u00e9tant, un jardin de plaisirs trop beaux pour durer et un enfer o\u00f9 la musique devient supplice. Saisi pendant une guerre, offert \u00e0 un roi aust\u00e8re, rebaptis\u00e9, puis devenu l&rsquo;image la plus c\u00e9l\u00e8bre du Prado, le triptyque n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de changer de sens \u2013 et c&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui le rend in\u00e9puisable.<\/p>\n<p class=\"image-attribution\" style=\"font-size:0.85em;color:#666;\"><em>Image : Le Jardin des d\u00e9lices \u2013 J\u00e9r\u00f4me Bosch, vers 1490-1500, mus\u00e9e du Prado, Madrid. Licence : domaine public. Source : <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:The_Garden_of_earthly_delights.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Wikimedia Commons<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre sous lequel le monde entier conna\u00eet ce triptyque n&rsquo;est pas celui de Bosch. Quand il arrive au monast\u00e8re de l&rsquo;Escorial, en 1593, sur ordre du roi d&rsquo;Espagne Philippe II, on l&rsquo;appelle \u00ab la peinture du Madro\u00f1o \u00bb, l&rsquo;arbousier \u2013 d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;arbre peint dans le volet de gauche. 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