Moai by Unknown, 1400

Moai – Les géants de l’île de Pâques ont « marché » (et l’un d’eux est à Paris)

Les habitants de Rapa Nui l’ont toujours raconté : les moai ont marché jusqu’à leurs plateformes. Longtemps, on a pris cette tradition pour une légende. En 2025, deux archéologues ont publié la synthèse de plus de dix ans de recherches : en étudiant près d’un millier de statues et en faisant « marcher » une réplique de plus de quatre tonnes, ils ont montré que de petits groupes pouvaient les déplacer debout, à l’aide de cordes, en les faisant osciller de gauche à droite. Et pour voir un moai sans traverser le Pacifique, il suffit d’aller à Paris : une tête monumentale, rapportée en 1872 par une frégate française, accueille les visiteurs du musée du quai Branly.

En bref

  • Auteurs : sculpteurs anonymes du peuple rapanui
  • Date : principalement entre le XIIIe et le XVIe siècle
  • Technique : tuf volcanique du volcan Rano Raraku pour la plupart ; coiffes (pukao) en scorie rouge
  • Nombre : près d’un millier de statues recensées
  • Dimensions : de moins de deux mètres à près de dix mètres pour les plus grandes dressées
  • Mouvement : Art rapanui
  • Lieu : île de Pâques (Rapa Nui), Chili

Des ancêtres de pierre

Rapa Nui, l’île de Pâques, est l’une des terres habitées les plus isolées du monde, au milieu du Pacifique Sud, à plus de 3 500 kilomètres des côtes du Chili. Des navigateurs polynésiens l’ont peuplée il y a environ huit siècles. Leurs descendants ont sculpté près d’un millier de statues monumentales, les moai.

Les moai ne représentent pas des dieux abstraits, mais des ancêtres importants, chefs ou personnages divinisés. Dressés sur de grandes plateformes de pierre, les ahu, ils tournent presque tous le dos à la mer et regardent vers l’intérieur de l’île, vers les villages : les ancêtres veillent sur les vivants et leur transmettent leur force, le mana.

Comment les moai ont-ils voyagé ?

Presque tous les moai ont été taillés dans les flancs d’un même volcan, le Rano Raraku. Il fallait ensuite les transporter, parfois sur plusieurs kilomètres, jusqu’aux plateformes réparties le long des côtes. Pendant des siècles, on a imaginé des traîneaux, des rondins, des centaines de bras – et même des extraterrestres.

Les Rapanui, eux, ont toujours dit que les statues avaient « marché ». En 2025, les archéologues Carl Lipo et Terry Hunt ont publié une étude qui leur donne raison. Ils ont analysé 962 moai, dont 62 statues abandonnées le long des anciennes routes de l’île. Ces « moai des routes » ont des caractéristiques particulières : une base large en forme de D et une inclinaison vers l’avant, qui permettent de les faire basculer d’un côté puis de l’autre. Avec une réplique de plus de quatre tonnes, quelques équipes tirant sur des cordes ont réussi à la faire avancer en zigzag, comme si elle marchait. Les routes elles-mêmes, larges d’environ quatre mètres et demi et légèrement creusées en leur centre, semblent avoir été conçues pour ce mouvement.

La découverte change l’image des Rapanui : non plus un peuple qui aurait épuisé son île pour déplacer des statues géantes, mais des ingénieurs ingénieux, qui ont trouvé une méthode économe en hommes et en ressources.

La fin du mythe de « l’écocide »

On a longtemps raconté que les habitants de l’île avaient abattu tous leurs arbres pour transporter les moai, provoquant famine, guerres et effondrement de leur société. Ce récit, popularisé au début des années 2000, est aujourd’hui fortement remis en question. Les recherches archéologiques et génétiques récentes suggèrent que la population ne s’est pas effondrée avant l’arrivée des Européens, et que le grand déclin démographique est surtout dû aux maladies apportées par les visiteurs et aux raids esclavagistes du XIXe siècle. Les études génétiques indiquent aussi que les Rapanui ont eu des contacts avec des populations d’Amérique du Sud, bien avant les Européens.

Symbolisme et détails à observer

La tête. Elle est très grande par rapport au corps : c’est là que se concentre la force sacrée de l’ancêtre.

Le visage. Front lourd, nez allongé, menton saillant, lèvres serrées : les traits sont stylisés, presque identiques d’une statue à l’autre, mais chaque moai représentait un ancêtre particulier.

Les yeux. Certains moai recevaient, une fois dressés sur leur plateforme, des yeux en corail blanc et en pierre rouge ou noire. Ces yeux « ouvraient » la statue et lui donnaient vie.

Le corps. Les moai sont sans jambes ; leurs bras sont collés au corps, les longues mains posées sur le ventre. Certains, en partie enterrés au pied du Rano Raraku, ont révélé lors de fouilles des corps entiers, parfois gravés de motifs.

Le pukao. Sur certaines statues, un grand cylindre de scorie rouge, extrait d’une autre carrière, est posé sur la tête comme une coiffe ou un chignon.

Héritage et menaces

Les moai sont devenus l’un des symboles les plus reconnus de l’humanité, comme le Grand Sphinx de Gizeh ou la statue de la Liberté. Le parc national de Rapa Nui est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995.

Ils restent pourtant fragiles. En octobre 2022, un incendie a ravagé une partie du site du Rano Raraku et endommagé plusieurs statues. Par ailleurs, plusieurs moai se trouvent dans des musées étrangers, et les Rapanui demandent le retour de certains d’entre eux, comme le célèbre Hoa Hakananai’a, conservé au British Museum depuis le XIXe siècle.

L’aventurier norvégien Thor Heyerdahl, qui traversa le Pacifique en radeau en 1947, a beaucoup fait pour la célébrité de l’île. Mais sa théorie selon laquelle Rapa Nui aurait d’abord été peuplée par des Sud-Américains a été écartée : ses habitants sont d’origine polynésienne.

Et en France ?

La Pérouse sur l’île. Le premier Européen à aborder l’île, le Hollandais Jakob Roggeveen, l’a baptisée « île de Pâques » parce qu’il y était arrivé le dimanche de Pâques 1722. Quelques décennies plus tard, en 1786, le navigateur français Jean-François de La Pérouse y fait escale ; une baie de la côte nord porte encore son nom.

Pierre Loti et La Flore. En janvier 1872, la frégate française La Flore, commandée par le contre-amiral de Lapelin, mouille quatre jours devant l’île. Sa mission : rapporter une grande statue de pierre. Parmi les marins se trouve un jeune aspirant de vingt et un ans, Julien Viaud, qui deviendra l’écrivain Pierre Loti. Il dessine les moai sur place et racontera plus tard son séjour dans L’Île de Pâques, publié en 1899.

Une tête de moai au quai Branly. La tête monumentale rapportée par La Flore, en tuf, haute de 1,85 mètre, est aujourd’hui l’une des pièces les plus spectaculaires du musée du quai Branly – Jacques Chirac, à Paris, où elle accueille les visiteurs. Au début du XXe siècle, elle était exposée sous le portique de la galerie de minéralogie du Muséum d’histoire naturelle, au Jardin des Plantes. C’est là, selon le Metropolitan Museum de New York, que Pablo Picasso aurait pu la voir, avant de peindre en 1908 l’un de ses grands nus aux visages massifs.

Où voir les moai aujourd’hui

La plupart des moai se trouvent sur l’île de Pâques, accessible en avion depuis Santiago du Chili.

  • Rano Raraku : la carrière-volcan où des centaines de statues, inachevées ou à demi enterrées, sont encore visibles.
  • Ahu Tongariki : la plus grande plateforme de l’île, avec quinze moai alignés, superbe au lever du soleil.
  • Ahu Akivi : sept moai qui, exceptionnellement, regardent vers l’océan.
  • Le musée anthropologique Sebastián-Englert, à Hanga Roa, pour comprendre la culture rapanui.
  • Accès et règles : l’entrée du parc national est payante et encadrée ; il est interdit de toucher les statues ou de monter sur les ahu. Vérifiez les conditions de visite et de séjour sur les sites officiels.
  • À Paris : la tête de moai du musée du quai Branly – Jacques Chirac.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de moai ?

Près d’un millier. Une étude de 2025 en a analysé 962. Beaucoup se trouvent encore à la carrière du Rano Raraku.

Comment les moai ont-ils été déplacés ?

Selon une étude publiée en 2025 par Carl Lipo et Terry Hunt, ils ont été « marchés » debout, à l’aide de cordes, en les faisant osciller le long de routes aménagées. Cela correspond aux traditions orales rapanui.

Les habitants ont-ils détruit leur île ?

Le récit d’un « écocide » est aujourd’hui fortement contesté. Les recherches récentes suggèrent que la population ne s’est pas effondrée avant l’arrivée des Européens, et que le déclin est surtout dû aux maladies et aux raids esclavagistes.

Pourquoi les moai regardent-ils vers l’intérieur de l’île ?

Ils représentent des ancêtres qui veillent sur les villages et leur transmettent leur protection.

Peut-on voir un moai en France ?

Oui. Une tête monumentale, rapportée en 1872 par la frégate La Flore, est exposée au musée du quai Branly – Jacques Chirac, à Paris.

Pendant des siècles, on a cherché des explications compliquées aux moai, en oubliant d’écouter ceux qui les avaient faits. Les Rapanui disaient que leurs ancêtres de pierre avaient marché ; la science vient de leur donner raison. L’un d’eux a même fait le voyage jusqu’à Paris.

Image : Moai au pied du volcan Rano Raraku, île de Pâques. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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