Irworobongdo (Sun, Moon and Five Peaks) by Unknown, 1800

Irworobongdo (Peinture du Soleil, de la Lune et des Cinq Pics) – Le paysage qui faisait du roi un cosmos

Sous la dynastie Joseon, qui a régné sur la Corée de 1392 à 1910, le roi n’apparaissait jamais seul. Derrière son trône se dressait toujours le même paysage : un soleil rouge, une lune blanche, cinq montagnes, des cascades et des pins. Ce paravent, l’Irworobongdo, faisait du souverain le centre d’un univers ordonné. On l’installait dans les salles du trône, derrière les portraits royaux et même lors des funérailles. Aujourd’hui, chaque Coréen l’a dans son portefeuille : il figure, derrière le roi Sejong, sur le billet de 10 000 wons.

En bref

  • Artistes : peintres anonymes de la cour (bureau royal des peintres, Dohwaseo)
  • Date : les exemplaires conservés datent pour la plupart des XVIIIe et XIXe siècles
  • Titre coréen : Irworobongdo (일월오봉도, 日月五峯圖) ; aussi appelé Irwoldo ou Irwolgonryundo
  • Technique : couleurs minérales sur soie, montées en paravent pliant
  • Dimensions : variables selon les paravents, certains atteignant plusieurs mètres
  • Mouvement : Art Joseon
  • Lieu de conservation : Musée national du Palais de Corée, Séoul, et salles du trône des palais de Séoul

Le paysage du pouvoir

Partout où le roi siégeait officiellement, l’Irworobongdo l’accompagnait. Dans la grande salle du trône du palais de Gyeongbokgung comme dans celle de Changdeokgung, le paravent se dresse derrière le siège royal. On le plaçait aussi derrière les portraits des rois et lors des rites funéraires. Le paysage n’était pas un décor, mais un cadre : il faisait apparaître le souverain au centre du monde.

Il n’existe pas un seul Irworobongdo, mais de nombreux paravents, peints au fil des siècles par les peintres de la cour selon une composition presque immuable. La plus ancienne mention écrite connue de leur usage au palais date du milieu du XVIIe siècle, mais il est possible qu’ils aient été utilisés plus tôt. Les exemplaires qui nous sont parvenus datent surtout des XVIIIe et XIXe siècles.

Un poème en image

L’Irworobongdo est souvent rapproché d’un poème du Shijing, le Classique des vers, l’un des grands textes confucéens. Dans ce chant, intitulé Tianbao (en coréen Cheonbo), on souhaite au souverain la protection du Ciel et une longévité comparable à la lune qui croît, au soleil qui se lève, aux montagnes et aux collines, aux pins et aux cyprès toujours verts. Tous ces éléments se retrouvent dans le paravent.

Le paysage peint est donc une prière et une affirmation : le roi, protégé par le Ciel, garantit l’harmonie du monde. Le néo-confucianisme, devenu l’idéologie officielle de la dynastie Joseon, faisait du souverain l’intermédiaire entre le Ciel, la Terre et les hommes.

Symbolisme et détails à observer

Le soleil et la lune. En haut, de part et d’autre, un disque rouge et un disque blanc. On les interprète souvent comme le yang et le yin, le principe masculin et le principe féminin – et parfois comme le roi et la reine. D’autres y voient simplement l’équilibre de l’univers sous la protection du Ciel.

Les cinq pics. Au centre, cinq montagnes aux formes stylisées, la plus haute au milieu. Elles évoquent l’ordre du monde et les cinq éléments de la pensée chinoise et coréenne. Le nom Irwolgonryundo les rattache au mont Kunlun, montagne mythique de la cosmologie chinoise.

Les pins rouges. De part et d’autre des montagnes, des pins aux troncs rouges, symboles de longévité et de fidélité.

L’eau. Deux cascades descendent des montagnes, et en bas, des vagues stylisées, en écailles régulières, occupent toute la largeur. L’eau représente la vie et la continuité.

La symétrie. Tout est presque parfaitement symétrique, de part et d’autre du pic central, au-dessus duquel se trouve, en pratique, la tête du roi assis. L’image ne cherche pas à imiter la nature : elle affirme un ordre.

Les couleurs. Bleus et verts minéraux, rouges, blancs et ors, posés en aplats éclatants. Le paravent devait être lisible de loin, au fond d’une grande salle.

Les peintres sans nom

Les Irworobongdo étaient réalisés par les peintres du Dohwaseo, le bureau royal des peintres, chargé de produire les portraits des rois, les décors du palais et les illustrations des grandes cérémonies. Ces artistes, très qualifiés, ne signaient pas ces œuvres de cour : elles appartenaient à l’institution royale plus qu’à un individu. On ne connaît donc pas l’auteur d’un paravent donné.

Le même royaume a pourtant vu naître de grands peintres connus par leur nom, comme Jeong Seon, auteur du Geumgangjeondo et de l’Inwangjesaekdo, qui peignait de vraies montagnes coréennes – à l’opposé des pics idéaux de l’Irworobongdo.

Héritage et restauration

L’Irworobongdo est devenu l’une des images les plus emblématiques de la Corée. Depuis 2007, il figure sur le billet de 10 000 wons, derrière le portrait du roi Sejong, le souverain qui a créé l’alphabet coréen.

Les paravents conservés sont fragiles. En 2022, les autorités coréennes du patrimoine ont achevé, après six années de travaux commencés en 2016, la restauration de l’Irworobongdo du milieu du XIXe siècle provenant de l’Injeongjeon, la salle du trône du palais de Changdeokgung. Les chercheurs ont analysé chaque élément – cadre, pigments, papiers de doublage – pour le rendre à son état d’origine.

L’image inspire aussi les artistes d’aujourd’hui : en 2022, une installation numérique monumentale d’après l’Irworobongdo a été présentée au palais de Changgyeonggung, à Séoul. Comme le rouleau chinois de La Fête de Qingming au bord de la rivière, c’est une œuvre de cour devenue un symbole national.

Et en France ?

Les archives royales emportées en 1866. L’histoire de la cour de Joseon a un lien particulier avec la France. En 1866, en représailles à l’exécution de missionnaires catholiques français, une expédition navale française attaque l’île de Ganghwa, près de Séoul. Les marins incendient la bibliothèque royale de l’île et emportent environ trois cents volumes de uigwe, les protocoles illustrés des grandes cérémonies de la cour. Ces livres, peints par les mêmes peintres de cour que ceux qui réalisaient les Irworobongdo, montrent souvent le roi et son trône lors des rites.

Conservés pendant plus d’un siècle à la Bibliothèque nationale de France, ces volumes ont été identifiés en 1975 par une historienne coréenne qui y travaillait, Park Byeong-seon. Après des décennies de négociations, 297 volumes ont été rendus à la Corée en 2011, sous la forme d’un prêt renouvelable. Ils sont aujourd’hui conservés au Musée national du Palais de Corée – le même musée qui expose les Irworobongdo.

L’art coréen à Paris. Le musée national des arts asiatiques – Guimet, à Paris, possède l’une des plus anciennes collections d’art coréen en Europe, constituée dès la fin du XIXe siècle, avec des peintures, des paravents et des céramiques de l’époque Joseon.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

Le Musée national du Palais de Corée, situé dans l’enceinte du palais de Gyeongbokgung, à Séoul, conserve plusieurs Irworobongdo et les objets de la cour de Joseon.

  • Accès : station Gyeongbokgung (ligne 3 du métro de Séoul).
  • Entrée : l’accès au musée est gratuit ; vérifiez les horaires et les jours de fermeture sur son site.
  • Dans les palais : on peut voir des Irworobongdo derrière les trônes des grandes salles, notamment au Geunjeongjeon de Gyeongbokgung et à l’Injeongjeon de Changdeokgung. Le palais de Gyeongbokgung est fermé le mardi.
  • Le Musée national de Corée, à quelques stations de métro, conserve d’autres chefs-d’œuvre de l’art coréen, comme le Bodhisattva pensif et la jarre de lune de l’époque Joseon.

Questions fréquentes

Que signifie « Irworobongdo » ?

« Peinture du soleil, de la lune et des cinq pics » : il (soleil), wol (lune), o (cinq), bong (pics), do (peinture).

Pourquoi le paravent était-il placé derrière le trône ?

Il faisait apparaître le roi comme le centre d’un univers ordonné, protégé par le Ciel. On le plaçait derrière le trône, derrière les portraits royaux et lors des rites funéraires.

Qui a peint l’Irworobongdo ?

Des peintres anonymes du bureau royal des peintres, le Dohwaseo. Il existe de nombreux paravents, réalisés à différentes époques.

Où voit-on l’Irworobongdo aujourd’hui en Corée ?

Au Musée national du Palais de Corée, dans les salles du trône des palais de Séoul, et sur le billet de 10 000 wons, derrière le roi Sejong.

Quel lien avec la France ?

Des archives royales illustrées de Joseon, les uigwe, emportées par la marine française en 1866 et conservées à la Bibliothèque nationale de France, ont été rendues à la Corée en 2011 sous forme de prêt renouvelable. Elles sont aujourd’hui au Musée national du Palais de Corée.

Pendant des siècles, aucun roi de Corée n’a siégé sans ce paysage derrière lui : un soleil, une lune, cinq montagnes. Le trône est vide aujourd’hui, mais le paravent est toujours là – et chaque billet de 10 000 wons rappelle encore le monde parfait qu’il promettait au souverain.

Image : Irworobongdo (Peinture du Soleil, de la Lune et des Cinq Pics) – peintres de cour de la dynastie Joseon. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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