The Creation of Adam by Michelangelo, 1512

La Création d’Adam – Le geste le plus célèbre de l’art n’est pas tout entier de Michel-Ange

Le geste le plus célèbre de l’histoire de l’art – le doigt de Dieu qui s’approche de celui d’Adam – n’est pas tout entier de la main de Michel-Ange. Au milieu du XVIe siècle, une fissure est apparue dans la voûte de la chapelle Sixtine et a endommagé la main d’Adam ; un restaurateur au service du pape l’a repeinte. Ce que des millions de personnes reproduisent sur des affiches et des tasses est donc, en partie, une réparation. La fresque, elle, reste l’une des plus grandes images jamais peintes : un homme qui attend la vie, et un Dieu qui la lui tend.

En bref

Un sculpteur contraint de peindre un plafond

En 1508, le pape Jules II demande à Michel-Ange de peindre la voûte de la chapelle Sixtine, la chapelle pontificale construite par son oncle, Sixte IV. Les murs avaient été décorés une génération plus tôt par Botticelli, l’auteur de La Naissance de Vénus, Ghirlandaio, Pérugin et d’autres. Michel-Ange se considère avant tout comme sculpteur et accepte à contrecœur. Il travaillera plus de quatre ans, de 1508 à 1512.

On imagine souvent l’artiste peignant allongé sur le dos. Ce n’est pas le cas. Michel-Ange a fait construire un échafaudage sur lequel il travaillait debout, la tête rejetée en arrière, le bras levé. Dans un sonnet satirique, il décrit son corps déformé par l’effort : la barbe pointée vers le ciel, la nuque collée au dos, le visage couvert de gouttes de peinture. Et il n’était pas seul : des assistants préparaient l’enduit et les couleurs, même si l’essentiel des figures est de sa main.

La voûte est dévoilée le 31 octobre 1512. Elle stupéfie Rome.

Un moment juste avant

La voûte raconte la Genèse en neuf scènes, de la séparation de la lumière et des ténèbres jusqu’à l’ivresse de Noé. La Création d’Adam est l’une des scènes centrales. Elle montre l’instant où Dieu donne la vie au premier homme.

À gauche, Adam est étendu sur une pente de terre nue – son nom vient d’ailleurs d’un mot hébreu lié à la terre. Son corps est parfait mais encore sans force : il soulève un bras alourdi, la main molle. À droite, Dieu fend l’air, porté par un essaim d’anges dans un grand manteau gonflé. Son bras est tendu, son index vibre d’énergie.

Les deux doigts ne se touchent pas. Michel-Ange n’a pas peint le contact, mais l’instant juste avant : l’étincelle qui n’a pas encore jailli. Ce petit vide est peut-être le plus célèbre de toute l’histoire de l’art.

Le peintre souligne aussi la ressemblance entre les deux figures : la jambe de Dieu et celle d’Adam sont placées presque de la même façon. C’est une traduction en image d’un verset de la Genèse : Dieu créa l’homme à son image.

Symbolisme et détails à observer

La figure féminine. Sous le bras gauche de Dieu, une jeune femme regarde Adam avec attention. On y voit souvent Ève, pas encore créée mais déjà présente dans la pensée divine ; d’autres y voient la Sagesse divine.

Le manteau rouge. La forme qui enveloppe Dieu et les anges a frappé les médecins. En 1990, un médecin américain, Frank Lynn Meshberger, a remarqué dans la revue JAMA qu’elle épousait les contours d’un cerveau humain vu en coupe. Michel-Ange, qui avait étudié l’anatomie en disséquant des cadavres, aurait-il caché un cerveau dans son Dieu ? La ressemblance est frappante, mais aucune source de l’époque ne prouve cette intention. Nous en parlons dans Ce que l’art fait au cerveau.

Les deux mains. Celle de Dieu est active, tendue ; celle d’Adam est passive, à peine relevée. Observez-la bien : c’est celle qui a été repeinte au XVIe siècle.

Les couleurs. Pendant des siècles, la voûte est apparue sombre et brunâtre, recouverte de suie et de colles anciennes. La grande restauration des années 1980 et du début des années 1990, financée en grande partie par la chaîne de télévision japonaise NTV, a révélé des couleurs vives et claires qui ont surpris le monde entier – et suscité de vives polémiques.

À propos de Michel-Ange

Michelangelo Buonarroti naît en 1475 à Caprese, en Toscane, et grandit à Florence. Adolescent, il fréquente le jardin de sculptures de Laurent de Médicis. À vingt-quatre ans, il sculpte la Pietà de Saint-Pierre ; peu après, il entreprend le David, qui fait de lui le plus grand sculpteur de son temps.

Pendant qu’il peint la voûte, le jeune Raphaël décore à quelques pas les appartements du pape ; dans L’École d’Athènes, il a représenté Michel-Ange sous les traits du philosophe Héraclite, accoudé et pensif. Vingt ans plus tard, Michel-Ange revient à la chapelle Sixtine pour peindre le Jugement dernier sur le mur de l’autel. Peintre, sculpteur, architecte – il conçoit la coupole de Saint-Pierre – et poète, il meurt à Rome en 1564, à près de quatre-vingt-neuf ans.

Héritage et influence

L’image des deux index est devenue l’une des plus reproduites au monde : affiches, publicités, logos, tatouages. L’affiche du film E.T. l’extra-terrestre (1982) en reprend le geste. Elle a aussi fixé pour des siècles l’image de Dieu en Occident : un vieillard puissant, à la barbe blanche, plein d’énergie, tel que Michel-Ange l’a inventé.

Et en France ?

Les « Esclaves » du Louvre, pour le même pape. En France, on ne peut pas voir de fresque de Michel-Ange, mais on peut voir deux de ses sculptures les plus célèbres : l’Esclave mourant et l’Esclave rebelle, au musée du Louvre. Michel-Ange les a sculptées vers 1513-1516 pour le tombeau monumental du pape Jules II – le même pape qui lui avait imposé la voûte de la Sixtine. Le projet de tombeau a été réduit, les deux statues n’y ont jamais trouvé place ; offertes en France au XVIe siècle, elles sont entrées au Louvre après la Révolution. Le corps de l’Esclave mourant, abandonné, presque endormi, rappelle d’ailleurs celui d’Adam.

Une chapelle Sixtine à Paris. Au XIXe siècle, l’État français a fait copier à Rome, grandeur nature, le Jugement dernier de Michel-Ange. Cette copie monumentale, réalisée par le peintre Xavier Sigalon, est installée dans la chapelle de l’École des Beaux-Arts de Paris, où elle servait de modèle aux élèves.

Des Français dans la Sixtine. Enfin, chaque jour, des milliers de visiteurs venus de France lèvent les yeux vers la voûte : elle reste l’un des lieux les plus visités au monde, et l’un de ceux où l’on regarde le plus en hauteur.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

La Création d’Adam se trouve sur la voûte de la chapelle Sixtine, au bout du parcours des musées du Vatican, à Rome.

  • Réservez en ligne longtemps à l’avance : sans réservation, l’attente peut durer des heures.
  • Venez à l’ouverture, ou choisissez une visite tôt le matin.
  • Les photos sont interdites dans la chapelle Sixtine, et le silence y est demandé.
  • Prenez des jumelles légères : la voûte est à une vingtaine de mètres de hauteur.
  • Repérez la scène : La Création d’Adam est l’une des neuf grandes scènes centrales, plus proche de l’autel que de l’entrée.
  • Ne manquez pas le Jugement dernier sur le mur de l’autel, les fresques de Botticelli et des autres maîtres sur les murs, les Chambres de Raphaël et, à quelques pas, la basilique Saint-Pierre et la Pietà.

Questions fréquentes

Pourquoi les doigts de Dieu et d’Adam ne se touchent-ils pas ?

Michel-Ange a choisi de représenter l’instant juste avant la transmission de la vie. Ce vide crée une tension qui invite le spectateur à compléter le geste.

La main d’Adam est-elle de Michel-Ange ?

En partie seulement. Au milieu du XVIe siècle, une fissure de la voûte a endommagé la main d’Adam, qui a été repeinte par un restaurateur au service du pape.

Michel-Ange a-t-il peint la voûte couché sur le dos ?

Non. Il travaillait debout sur un échafaudage, la tête renversée en arrière, comme il le décrit lui-même dans un sonnet.

Y a-t-il vraiment un cerveau caché dans la fresque ?

C’est une hypothèse proposée en 1990 par le médecin Frank Meshberger : le manteau de Dieu ressemblerait à un cerveau humain. La ressemblance est réelle, mais rien ne prouve que Michel-Ange l’ait voulue.

Peut-on voir des œuvres de Michel-Ange en France ?

Oui : l’Esclave mourant et l’Esclave rebelle, sculptés pour le tombeau de Jules II, sont exposés au musée du Louvre.

Michel-Ange a peint un homme qui n’est pas encore tout à fait vivant et un Dieu qui s’élance vers lui. Entre leurs doigts, il a laissé un vide de quelques centimètres. Cinq siècles, une fissure et une restauration plus tard, c’est toujours vers ce vide que tout le monde lève les yeux.

Image : La Création d’Adam – Michel-Ange, vers 1511-1512, chapelle Sixtine, Vatican. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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