Geumgangjeondo (General View of Mt. Geumgangsan) by Jeong Seon, 1734

Geumgangjeondo – La montagne de Diamant, peinte en 1734 et inscrite à l’UNESCO à Paris en 2025

Le 13 juillet 2025, à Paris, au siège de l’UNESCO, le mont Kumgang – le Geumgangsan des Coréens du Sud – est inscrit au patrimoine mondial. Cette montagne de granit, aujourd’hui en Corée du Nord, est presque inaccessible à la plupart des visiteurs étrangers et aux Sud-Coréens. Pour beaucoup, la meilleure manière de la « voir » reste un tableau peint en 1734 : le Geumgangjeondo, la « Vue générale du mont Geumgang », de Jeong Seon. D’un seul regard, il embrasse une montagne entière, ses douze mille pics légendaires, ses forêts et ses temples, comme vus du ciel.

En bref

  • Artiste : Jeong Seon, dit Gyeomjae (1676-1759)
  • Date : hiver 1734, dixième année du règne du roi Yeongjo
  • Titre coréen : Geumgang jeondo (금강전도)
  • Technique : encre et couleurs légères sur papier
  • Dimensions : environ 130,7 × 94,1 cm
  • Statut : Trésor national de Corée du Sud n° 217, depuis le 6 août 1984
  • Mouvement : Art Joseon – peinture de « paysage réel »
  • Lieu de conservation : Leeum, Samsung Museum of Art, Séoul

La montagne de Diamant

Le mont Geumgang, la « montagne de Diamant », s’étend sur la côte est de la péninsule coréenne. Ses pics de granit blanc, ses vallées profondes, ses cascades et ses temples en ont fait, depuis plus de mille ans, le lieu de pèlerinage et de rêverie le plus célèbre de Corée. On disait qu’il comptait « douze mille pics ». Poètes et peintres rêvaient d’y aller ; tous ne le pouvaient pas.

Jeong Seon, lui, y est allé, plusieurs fois. Dès 1711, il en rapporte un album de paysages. Le Geumgangjeondo, peint une vingtaine d’années plus tard, n’est pas le croquis d’un voyage : c’est une synthèse, une vision de toute la partie intérieure de la montagne, le Naegeumgang, réunie sur une seule feuille.

Peindre un vrai paysage coréen

Depuis des siècles, les peintres lettrés coréens imitaient les modèles chinois et représentaient des montagnes idéales, souvent imaginaires – comme les cinq pics stylisés de l’Irworobongdo, derrière le trône des rois. Jeong Seon rompt avec cette tradition. Il peint des lieux réels de son pays, observés sur place : c’est ce que l’on appelle le jingyeong sansu, la « peinture de paysage réel ».

Cela ne veut pas dire qu’il copie la nature comme un photographe. Il choisit, rassemble, réorganise ce qu’il a vu, pour donner une image plus vraie que nature de la montagne. Le Geumgangjeondo combine plusieurs points de vue, comme si l’on survolait la montagne en tournant autour d’elle.

Symbolisme et détails à observer

Le cercle. La montagne entière s’inscrit dans une forme presque ronde, comme un monde clos flottant dans le vide. Le ciel et le reste du paysage sont laissés blancs.

Les pics de granit. À droite, des centaines de pics pointus, blancs, dressés comme des cristaux, sont dessinés par des traits verticaux rapides et répétés. C’est l’une des signatures de Jeong Seon : un pinceau énergique, qui donne au granit une vibration presque électrique.

Les collines boisées. À gauche, des collines plus douces, couvertes de forêts, sont peintes à l’encre humide, en taches sombres et arrondies.

Le yin et le yang. On a souvent lu cette opposition – pics rocheux clairs d’un côté, collines de terre sombres de l’autre – comme une image du yin et du yang, les deux principes complémentaires de la pensée d’Asie orientale. La composition entière évoquerait ainsi l’harmonie du monde.

Les temples et le chemin. Cherchez les petits bâtiments nichés dans les vallées et le sentier qui serpente vers le centre : ce sont les monastères bouddhiques et la route des pèlerins.

L’inscription. En haut à droite, un poème évoque les douze mille pics. Il a longtemps servi à dater le tableau de 1734, quand Jeong Seon avait cinquante-neuf ans. Certains chercheurs pensent cependant que ce texte n’est pas de sa main.

À propos de Jeong Seon

Jeong Seon, dit Gyeomjae, naît en 1676 à Séoul dans une famille de lettrés appauvrie. Il devient l’un des plus grands peintres de la dynastie Joseon et occupe des fonctions officielles. Il parcourt la Corée et en peint les montagnes, les rivières et les sites célèbres. Il peint encore à plus de soixante-dix ans : en 1751, il réalise l’Inwangjesaekdo, une vue du mont Inwang à Séoul après la pluie, son autre grand chef-d’œuvre. Il meurt en 1759.

Son œuvre appartient au XVIIIe siècle de Joseon, une époque de renouveau culturel qui voit aussi naître des objets d’une simplicité parfaite, comme la jarre de lune en porcelaine blanche.

Héritage et influence

Le Geumgangjeondo a fait de Jeong Seon le fondateur d’une peinture authentiquement coréenne et a inspiré de nombreux peintres de la fin de la dynastie Joseon. Juste après la libération de la Corée, en 1945, le tableau est acheté par Lee Byung-chul, fondateur du groupe Samsung, et rejoint plus tard les collections du musée Leeum.

Il a pris aujourd’hui une valeur particulière. Depuis 2008, les voyages touristiques sud-coréens vers le mont Geumgang sont interrompus, et la montagne se trouve de l’autre côté d’une frontière fermée. Le tableau de Jeong Seon est devenu, pour beaucoup de Coréens, l’image d’un paysage commun et inaccessible. On pense, en Europe, à la manière dont Friedrich recomposait les montagnes dans Le Voyageur contemplant une mer de nuages, ou aux vues du Fuji de Hokusai, comme Vent frais par matin clair : une montagne réelle, transformée en vision.

Et en France ?

Une montagne inscrite à Paris. C’est à Paris, au siège de l’UNESCO, que le Comité du patrimoine mondial, réuni pour sa 47e session, a inscrit le 13 juillet 2025 le « Mont Kumgang – montagne de Diamant depuis la mer » sur la liste du patrimoine mondial. Le comité a souligné un paysage culturel où se mêlent des formes naturelles uniques et les traditions coréennes du pèlerinage et du culte des montagnes, avec ses nombreux temples bouddhiques. À cette occasion, la presse coréenne a rappelé le tableau de Jeong Seon, la plus célèbre image de la montagne.

L’art coréen à Paris. Le musée national des arts asiatiques – Guimet conserve l’une des plus anciennes collections d’art coréen d’Europe, constituée à la fin du XIXe siècle, avec des peintures, des paravents et des céramiques de l’époque Joseon. Nous évoquons aussi, dans notre article sur l’Irworobongdo, les archives royales coréennes longtemps conservées à la Bibliothèque nationale de France.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

Le Geumgangjeondo appartient au Leeum, Samsung Museum of Art, à Séoul, dans le quartier de Hannam-dong.

  • Il n’est pas toujours exposé. Comme toutes les peintures sur papier, il est fragile et présenté par périodes, parfois dans le cadre d’expositions spéciales. Vérifiez sur le site du musée avant votre visite.
  • Réservez en ligne : l’accès aux collections se fait généralement sur réservation.
  • À Séoul, le Musée national de Corée présente l’Inwangjesaekdo de Jeong Seon, ainsi que d’autres chefs-d’œuvre comme le Bodhisattva pensif.
  • La montagne elle-même se trouve en Corée du Nord et reste fermée à la plupart des visiteurs.

Questions fréquentes

Où est conservé le Geumgangjeondo ?

Au Leeum, Samsung Museum of Art, à Séoul. C’est le Trésor national de Corée du Sud n° 217.

Qu’est-ce que le mont Geumgang ?

Une chaîne de montagnes de granit sur la côte est de la Corée, aujourd’hui en Corée du Nord, célèbre pour ses « douze mille pics ». Elle est inscrite depuis juillet 2025 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Qu’est-ce que la « peinture de paysage réel » ?

Un style inventé par Jeong Seon : peindre des lieux réels de Corée, observés sur place, plutôt que des montagnes idéales copiées des modèles chinois.

Comment le tableau est-il composé ?

La montagne entière est inscrite dans une forme ronde, vue d’en haut. Les pics de granit, à droite, s’opposent aux collines boisées, à gauche – une opposition souvent lue comme celle du yin et du yang.

Peut-on visiter le mont Geumgang ?

Il est aujourd’hui presque inaccessible : les voyages des Sud-Coréens y sont interrompus depuis 2008.

Jeong Seon a marché dans la montagne de Diamant, puis il l’a peinte d’en haut, comme personne ne pouvait la voir, ronde comme un monde. Près de trois siècles plus tard, la montagne a été inscrite au patrimoine de l’humanité à Paris, mais peu de gens peuvent encore s’y rendre. Le tableau, lui, reste ouvert à tous : douze mille pics sur une seule feuille de papier.

Image : Geumgangjeondo (Vue générale du mont Geumgang) – Jeong Seon, 1734, Leeum, Samsung Museum of Art, Séoul. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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