Bal du moulin de la Galette by Pierre-Auguste Renoir, 1876

Bal du moulin de la Galette – Le dimanche de Montmartre que Caillebotte a offert à la France

Chaque jour du printemps et de l’été 1876, Renoir et ses amis transportaient une grande toile depuis l’atelier qu’il louait rue Cortot jusqu’au moulin de la Galette, à quelques rues de là, sur la butte Montmartre. Il y peignait les danseurs du dimanche, sous les arbres. Le tableau ne trouva pas d’acheteur au Salon officiel : c’est un autre peintre, Gustave Caillebotte, qui l’acquit, puis le légua à l’État avec sa collection. Sans lui, le tableau le plus joyeux de l’impressionnisme ne serait peut-être pas aujourd’hui au musée d’Orsay.

En bref

Un dimanche à Montmartre

En 1876, Montmartre est encore un village aux portes de Paris, avec ses moulins, ses jardins et ses guinguettes. Le moulin de la Galette, ancien moulin à vent, est devenu un bal populaire. Le dimanche après-midi, ouvriers, employés, jeunes femmes du quartier et artistes viennent y danser en plein air, sous les acacias, au son d’un orchestre.

Renoir décide de peindre cette fête. Ce n’est pas une scène d’histoire, ni un sujet mythologique, mais un moment de la vie ordinaire, vu de l’intérieur. Les personnages dansent, bavardent, boivent, flirtent. Le tableau est une foule, et pourtant chaque visage semble avoir son histoire.

L’atelier de la rue Cortot

Pour pouvoir travailler sur place, Renoir loue une maison avec un atelier et un jardin au 12 rue Cortot, tout près du moulin. Son ami Georges Rivière a raconté le travail dans ses souvenirs : chaque jour, ils transportent la toile jusqu’au bal, malgré le vent qui menace de l’emporter. Dans le même jardin, Renoir peint à la même époque La Balançoire, autre tableau du musée d’Orsay.

Ses amis posent pour lui au milieu des vrais danseurs : on reconnaît notamment Georges Rivière et des peintres de son entourage, attablés au premier plan. Les jeunes femmes sont des habituées du quartier. Le tableau est à la fois une scène observée et une composition soigneusement construite.

Symbolisme et détails à observer

La lumière qui tombe des arbres. Le soleil traverse le feuillage et pose des taches claires sur les robes, les chapeaux, les visages, le sol. Ces taches de lumière, rendues par de petites touches de couleur, font vibrer toute la toile. Les critiques de l’époque s’en moquèrent ; c’est aujourd’hui ce qui fait sa célébrité.

Les ombres colorées. Les ombres ne sont pas noires ou grises, mais bleues et violettes. C’est l’un des grands principes de la peinture impressionniste.

La robe rayée. Au centre, une jeune femme en robe à rayures roses et bleues se penche vers un groupe assis. Elle est le point lumineux de la composition.

La profondeur. Au premier plan, les figures sont nettes ; au fond, les danseurs se fondent dans une brume de bleus et de roses. Les becs de gaz, en haut, rappellent que la fête se poursuivra le soir.

Le mouvement. Rien n’est immobile : les couples tournent, les têtes se penchent, les regards se croisent. Renoir saisit un instant de bonheur, sans début ni fin.

Exposé en 1877, acheté par un ami

En avril 1877, le tableau est présenté à la troisième exposition impressionniste. Georges Rivière, qui publie à cette occasion une petite revue, L’Impressionniste, y voit « une page d’histoire, un monument précieux de la vie parisienne ». Le public et une grande partie de la critique restent perplexes.

Le tableau est acheté entre 1877 et 1879 par Gustave Caillebotte, peintre lui-même, homme fortuné et généreux soutien de ses amis impressionnistes. Caillebotte se représentera d’ailleurs, dans un autoportrait de 1879, devant le Bal du moulin de la Galette accroché derrière lui.

Une seconde version, vendue 78 millions de dollars

Renoir a peint une version plus petite de la même scène (78 × 114 cm). Longtemps conservée aux États-Unis dans la collection de John Hay Whitney, elle a été vendue chez Sotheby’s à New York le 17 mai 1990 pour 78 millions de dollars à un industriel japonais, Ryoei Saito, qui venait d’acheter, deux jours plus tôt, le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh. Elle se trouverait aujourd’hui dans une collection privée en Suisse. Une esquisse presque monochrome est par ailleurs conservée à Copenhague.

À propos de Pierre-Auguste Renoir

Né à Limoges en 1841, Renoir grandit à Paris dans une famille modeste et commence à travailler très jeune comme peintre sur porcelaine. Il se lie avec Claude Monet, Alfred Sisley et Frédéric Bazille et participe en 1874 à la première exposition impressionniste, celle où Monet présenta Impression, soleil levant.

Plus que ses amis, Renoir aime peindre les figures humaines, les visages, les fêtes. Quelques années après le Bal, il peindra un autre repas joyeux au bord de l’eau, Le Déjeuner des canotiers. À la fin de sa vie, malgré une arthrite sévère qui déforme ses mains, il continue de peindre. Il meurt à Cagnes-sur-Mer en 1919.

Héritage et influence

Le Bal du moulin de la Galette est devenu l’une des images les plus célèbres de la peinture française : celle d’un Paris populaire et heureux, d’une joie de vivre simple. Il a montré qu’une scène de la vie moderne pouvait avoir l’ambition et le format d’un grand tableau d’histoire.

Il appartient à une famille d’images des loisirs parisiens du XIXe siècle, comme Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte de Seurat, peint quelques années plus tard, où les promeneurs du dimanche semblent au contraire figés dans le silence.

Et en France ?

Le legs Caillebotte. À sa mort, en 1894, Gustave Caillebotte lègue à l’État sa collection de tableaux impressionnistes, à condition qu’ils soient exposés au musée du Luxembourg, puis au Louvre. L’administration, encore très méfiante envers cette peinture, hésite : elle n’accepte finalement qu’une partie du legs, en 1896. Le Bal du moulin de la Galette en fait partie. Exposé au Luxembourg, il rejoint ensuite le Louvre et, de 1947 à 1986, la galerie du Jeu de Paume, avant d’entrer au musée d’Orsay à son ouverture.

Montmartre aujourd’hui. La maison du 12 rue Cortot, où Renoir avait son atelier, fait aujourd’hui partie du musée de Montmartre, entouré des « jardins Renoir ». À quelques pas, rue Lepic, deux moulins subsistent encore sur la butte, souvenirs du temps où l’on venait y danser le dimanche.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

Le Bal du moulin de la Galette est exposé au musée d’Orsay, à Paris, dans les galeries impressionnistes du niveau supérieur.

  • Réservez en ligne et vérifiez les horaires sur le site du musée.
  • Dans les mêmes salles et à proximité : La Balançoire de Renoir, peinte dans le même jardin, et de nombreux tableaux de Monet, Degas, Caillebotte et Cézanne.
  • Ailleurs dans le musée : l’Olympia de Manet et La Nuit étoilée sur le Rhône de Van Gogh.
  • À Montmartre : le musée de Montmartre et les jardins Renoir, rue Cortot, pour voir le lieu où le tableau a été préparé.

Questions fréquentes

Où se trouve le Bal du moulin de la Galette ?

Au musée d’Orsay, à Paris, où il est entré à l’ouverture du musée, en 1986.

Comment est-il entré dans les collections publiques ?

Grâce au legs de Gustave Caillebotte, qui l’avait acheté entre 1877 et 1879. L’État a accepté le legs en 1896.

Où Renoir l’a-t-il peint ?

Au moulin de la Galette, à Montmartre, et dans son atelier du 12 rue Cortot, aujourd’hui intégré au musée de Montmartre.

Existe-t-il une autre version ?

Oui, une version plus petite (78 × 114 cm), vendue en 1990 pour 78 millions de dollars et conservée dans une collection privée.

Quelles sont ses dimensions ?

131,5 × 176,5 cm.

Renoir a peint un dimanche ordinaire, dans un bal de quartier, pour des gens qui n’achetaient pas de tableaux. Un ami peintre l’a sauvé de l’oubli, un musée l’a accueilli à contrecœur, et le monde entier y voit aujourd’hui l’image même de la joie de vivre parisienne. Sous les arbres de Montmartre, la musique ne s’est jamais arrêtée.

Image : Bal du moulin de la Galette – Pierre-Auguste Renoir, 1876, musée d’Orsay, Paris. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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