Grand Sphinx de Gizeh – Le colosse que les Français ont sorti du sable
Pendant des siècles, le Grand Sphinx de Gizeh n’a été qu’une tête émergeant du désert, le corps enfoui sous le sable. Ce sont en grande partie des Français qui l’en ont sorti. En 1853, sur une photographie prise pendant les fouilles d’Auguste Mariette, un drapeau tricolore flotte sur sa tête. Entre 1925 et 1936, l’ingénieur Émile Baraize le dégage entièrement. Le plus célèbre gardien de l’Égypte ancienne, taillé dans la roche il y a plus de quatre mille cinq cents ans, a ainsi retrouvé son corps de lion au XXe siècle.
En bref
- Auteur : artisans anonymes de l’Ancien Empire
- Date : vers 2500 av. J.-C., IVe dynastie – attribué le plus souvent au règne de Khéphren
- Technique : taillé directement dans le calcaire du plateau, complété par des blocs
- Dimensions : environ 73 m de long, 20 m de haut, 19 m de large
- Mouvement : Art antique
- Lieu : plateau de Gizeh, Égypte
Une sculpture taillée dans la montagne
Le Grand Sphinx n’a pas été construit : il a été sculpté. Les bâtisseurs de l’Ancien Empire ont dégagé, dans le calcaire du plateau de Gizeh, un énorme bloc de roche naturelle qu’ils ont façonné en lion couché à tête humaine. Certaines parties, notamment les pattes, ont été complétées par des blocs de pierre.
C’est l’une des plus grandes sculptures monumentales de l’Antiquité, et la plus ancienne grande statue connue d’Égypte. Le calcaire n’étant pas homogène, les couches les plus tendres, au niveau du corps, ont été beaucoup plus érodées que la tête, taillée dans une roche plus dure.
Le Sphinx de Khéphren ?
Le Sphinx fait partie de l’ensemble funéraire du pharaon Khéphren, le constructeur de la deuxième pyramide de Gizeh. Il se dresse à côté de son temple de la Vallée, au départ de la chaussée qui monte vers sa pyramide. La plupart des égyptologues pensent donc que Khéphren l’a fait sculpter, vers 2500 av. J.-C., et que le visage est le sien. Mais aucun texte de l’époque ne le dit explicitement. D’autres ont proposé son père, Khéops, ou son frère, Djédefrê ; la question reste discutée.
Le Sphinx regarde vers l’est, vers le soleil levant. Plus tard, il a été associé au dieu solaire Horus, sous le nom d’Horemakhet, « Horus dans l’horizon ».
Le rêve du prince Thoutmôsis
Dès l’Antiquité, le sable n’a cessé de recouvrir le Sphinx. Vers 1400 av. J.-C., un prince, le futur pharaon Thoutmôsis IV, s’endort à l’ombre de la statue, selon la légende qu’il fait graver. Le Sphinx lui apparaît en rêve et lui promet le trône s’il le libère du sable. Devenu roi, Thoutmôsis le fait dégager et fait dresser entre ses pattes une grande stèle de granit, la « stèle du Rêve », qui est toujours en place. Des travaux de restauration ont été entrepris à son époque.
Symbolisme et détails à observer
Le némès. La tête porte la coiffe rayée des pharaons, le némès, qui retombe sur les épaules. Elle désigne un roi.
Le corps de lion. Couché, les pattes allongées, il associe la force du lion à l’intelligence humaine. Le Sphinx est à la fois repos et vigilance : un gardien.
Le nez et la barbe. Le nez a disparu depuis longtemps. Selon l’historien égyptien al-Maqrizi, il aurait été mutilé au XIVe siècle par un religieux qui voyait dans la statue une idole. La légende qui accuse les soldats de Napoléon est sans fondement : des dessins plus anciens montrent déjà le visage sans nez. Le Sphinx portait aussi une barbe de pharaon, ajoutée sans doute plus tard ; des fragments en ont été retrouvés au pied de la statue.
Les couleurs. Il ne faut pas imaginer le Sphinx gris. Des traces de pigment rouge ont été relevées sur son visage : il était, comme la plupart des sculptures égyptiennes, peint.
Le temple voisin. Juste devant le Sphinx se trouvent les vestiges d’un temple qui lui était associé, et, à côté, le temple de la Vallée de Khéphren, aux énormes blocs de granit rose.
Héritage et influence
Les Grecs ont emprunté la figure du sphinx, mais en ont fait un monstre féminin, celui qui pose des énigmes à Œdipe. Les voyageurs de l’Antiquité, puis les savants de l’expédition d’Égypte menée par Bonaparte en 1798, ont dessiné et décrit le Sphinx, contribuant à faire naître en Europe la passion pour l’Égypte ancienne. Les sphinx ornent depuis jardins, palais et monuments, jusque dans l’architecture du XIXe siècle et l’Art déco.
Avec les moaï de l’île de Pâques ou la statue de la Liberté, c’est l’une des grandes figures colossales qui ont marqué l’imaginaire mondial.
Et en France ?
Mariette et le drapeau tricolore. Au milieu du XIXe siècle, l’archéologue français Auguste Mariette, futur fondateur du Service des antiquités de l’Égypte, fouille autour du Sphinx et met au jour le temple de la Vallée de Khéphren. Une photographie prise en 1853 par John Beasley Greene montre les fouilles en cours – et, sur la tête du Sphinx, un mât où flotte le drapeau tricolore. Image étonnante, qui rappelle à quel point l’archéologie égyptienne fut alors une affaire française. En 1858, Mariette dégage une partie du sable qui recouvre la statue.
Baraize, l’ingénieur qui a libéré le Sphinx. De 1925 à 1936, l’ingénieur français Émile Baraize, directeur des travaux du Service des antiquités, dégage complètement le Sphinx de son sable, le consolide et explore ses abords. Il découvre même un tunnel creusé dans sa croupe. C’est grâce à ces travaux que nous voyons aujourd’hui le Sphinx en entier.
Un sphinx au Louvre. Pour voir un grand sphinx égyptien sans aller en Égypte, il faut descendre dans la crypte du Sphinx, au musée du Louvre. Le Grand Sphinx de Tanis, en granit rose, long de près de cinq mètres, a été découvert en 1825 dans les ruines du temple d’Amon à Tanis, dans le delta du Nil. Plusieurs pharaons y ont fait graver leur nom au fil des siècles, mais il pourrait remonter à l’Ancien Empire, l’époque même du Grand Sphinx de Gizeh. Il est exposé depuis le milieu des années 1930 dans cette crypte aménagée pour lui. Dans les mêmes salles des Antiquités, ne manquez pas les chefs-d’œuvre grecs que sont la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace.
Où voir l’œuvre aujourd’hui
Le Grand Sphinx se trouve sur le plateau de Gizeh, à la lisière ouest du Caire, à côté des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos. Le site fait partie de « Memphis et sa nécropole », inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
- Horaires et billets : les conditions d’accès au plateau évoluent ; vérifiez-les sur les sites officiels avant votre visite.
- Venez tôt le matin : la lumière du soleil levant éclaire le visage du Sphinx, tourné vers l’est, et il fait moins chaud.
- Visitez le temple de la Vallée de Khéphren, juste à côté : il permet de comprendre la place du Sphinx dans l’ensemble funéraire.
- Le Grand Musée égyptien, inauguré le 1er novembre 2025 et ouvert au public depuis le 4 novembre 2025, se trouve à environ deux kilomètres des pyramides. Il présente pour la première fois ensemble les trésors de Toutânkhamon. Les billets s’achètent uniquement en ligne.
Questions fréquentes
Qui a fait sculpter le Grand Sphinx ?
La plupart des égyptologues l’attribuent au pharaon Khéphren, vers 2500 av. J.-C., en raison de sa place dans son ensemble funéraire. Aucun texte de l’époque ne le confirme.
Pourquoi le Sphinx n’a-t-il plus de nez ?
Selon l’historien al-Maqrizi, il aurait été mutilé au XIVe siècle. L’accusation contre les soldats de Napoléon est une légende : des dessins plus anciens montrent déjà le visage sans nez.
Le Sphinx était-il peint ?
Oui. Des traces de pigment rouge ont été retrouvées sur son visage. Comme la plupart des sculptures égyptiennes, il était coloré.
Qui a dégagé le Sphinx du sable ?
Il a été dégagé à plusieurs reprises au cours de l’histoire, dès l’Antiquité. Les Français Auguste Mariette, au XIXe siècle, puis Émile Baraize, entre 1925 et 1936, ont joué un rôle décisif dans son dégagement moderne.
Peut-on voir un sphinx égyptien à Paris ?
Oui, le Grand Sphinx de Tanis, en granit rose, est exposé dans la crypte du Sphinx, au musée du Louvre.
Le Sphinx a vu passer des pharaons, des Grecs, des Romains, des sultans et des savants de Bonaparte. Le sable l’a recouvert et découvert, un religieux lui a ôté son nez, des Français lui ont rendu son corps. Il regarde toujours vers l’est, vers le soleil qui se lève, comme il le fait depuis plus de quatre mille cinq cents ans.
Image : Grand Sphinx de Gizeh et pyramide de Mykérinos. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.
