Statue of Liberty by Frédéric Auguste Bartholdi, 1886

Statue de la Liberté – 140 ans d’une œuvre née à Paris

Le 28 octobre 2026, la Statue de la Liberté a 140 ans. Le symbole le plus célèbre de l’Amérique est une œuvre entièrement française : imaginée par un juriste français, sculptée par un Alsacien, dotée d’une structure conçue d’abord par Viollet-le-Duc, puis par Gustave Eiffel, et fabriquée pièce par pièce dans un atelier du 17e arrondissement de Paris. Pendant quelques mois, avant de traverser l’Atlantique en caisses, elle s’est même dressée au-dessus des toits de Paris. Son vrai nom, d’ailleurs, est français : La Liberté éclairant le monde.

En bref

  • Artiste : Frédéric Auguste Bartholdi (1834-1904)
  • Ingénieurs : Eugène Viollet-le-Duc, puis Gustave Eiffel
  • Date : inaugurée le 28 octobre 1886
  • Titre officiel : La Liberté éclairant le monde
  • Technique : feuilles de cuivre repoussé, d’environ 2,4 mm d’épaisseur, sur une armature de fer
  • Dimensions : 46 m pour la statue jusqu’à la torche ; 93 m du sol à la torche, piédestal compris
  • Mouvement : Néoclassicisme
  • Lieu : Liberty Island, New York

Une idée française

L’idée naît en France, dans les années 1860, autour du juriste et homme politique Édouard de Laboulaye, grand admirateur de la démocratie américaine. Il imagine un monument offert par le peuple français au peuple américain pour le centenaire de l’indépendance des États-Unis, en 1876 : un symbole de l’amitié des deux nations et de leur idéal commun de liberté. Pour les républicains français, opposés au Second Empire, c’est aussi une façon de célébrer une valeur que leur propre pays ne garantissait pas encore pleinement.

Le sculpteur alsacien Frédéric Auguste Bartholdi s’empare du projet. Jeune, il avait voyagé en Égypte et en était revenu fasciné par les colosses antiques, comme le Grand Sphinx de Gizeh. Il avait même proposé, sans succès, une immense statue-phare pour l’entrée du canal de Suez.

Une prouesse d’ingénierie

Une statue de cette taille ne peut pas être fondue d’un bloc. Bartholdi choisit de la réaliser en fines feuilles de cuivre, martelées à la main sur des moules de bois, à partir de modèles en plâtre de plus en plus grands. Le cuivre est léger et résistant – mais il faut le tenir.

Le premier ingénieur chargé de la structure est Eugène Viollet-le-Duc, le grand restaurateur de Notre-Dame de Paris. À sa mort, en 1879, Gustave Eiffel reprend le chantier. Il conçoit un pylône central en fer, auquel est rattachée une armature secondaire souple sur laquelle les plaques de cuivre sont fixées. L’enveloppe peut ainsi bouger légèrement avec le vent et les variations de température sans se déchirer. Quelques années plus tard, Eiffel appliquera son savoir-faire à sa tour.

La statue est fabriquée à Paris, dans les ateliers Gaget, Gauthier et Cie, rue de Chazelles, dans le 17e arrondissement. La tête est présentée au public à l’Exposition universelle de Paris en 1878. En 1884, la statue achevée se dresse dans la cour des ateliers, dominant le quartier, avant d’être démontée en quelque 350 pièces, rangées dans plus de deux cents caisses et chargées sur la frégate française Isère, qui arrive à New York en juin 1885.

Le piédestal américain

La France finance la statue par des souscriptions populaires et des loteries ; les Américains doivent payer le piédestal. L’argent manque. En 1885, le patron de presse Joseph Pulitzer lance dans son journal, le New York World, une grande souscription, en promettant de publier le nom de chaque donateur, même pour quelques cents. Plus de 120 000 personnes répondent. Le piédestal, dessiné par l’architecte Richard Morris Hunt, est achevé en 1886.

Le 28 octobre 1886, sous la pluie et dans le brouillard, le président Grover Cleveland inaugure la statue. Une flottille de près de trois cents navires accompagne la cérémonie, et New York organise à cette occasion son tout premier défilé sous une pluie de confettis.

Symbolisme et détails à observer

La torche. Elle éclaire le monde : c’est le sens du titre. La torche actuelle, recouverte de feuilles d’or, date de la restauration du centenaire, en 1986. La torche d’origine, transformée et devenue fragile, est exposée au musée de la Statue de la Liberté, sur l’île. Le public n’a plus accès à la torche depuis 1916.

La tablette. Dans la main gauche, elle porte la date de la Déclaration d’indépendance, en chiffres romains : JULY IV MDCCLXXVI, le 4 juillet 1776.

Les chaînes brisées. Invisibles depuis le sol, elles se trouvent aux pieds de la statue, qui semble avancer. Elles symbolisent la fin de l’oppression – et, pour beaucoup d’historiens, l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, encore récente.

La couronne. Ses sept rayons sont souvent interprétés comme les sept mers et les sept continents : la liberté rayonnerait sur le monde entier. Ses vingt-cinq fenêtres offrent une vue sur la baie.

La couleur. À l’origine, la statue avait la couleur rougeâtre et brillante du cuivre neuf. En une vingtaine d’années, l’oxydation l’a recouverte d’une patine vert-de-gris, qui protège désormais le métal.

Le visage. Calme, sévère, il évoque les déesses antiques. Selon une tradition souvent rapportée, Bartholdi se serait inspiré du visage de sa mère ; rien ne le prouve.

« Donnez-moi vos pauvres »

La statue a été conçue comme un symbole d’amitié et de liberté politique. C’est l’histoire qui en a fait le symbole de l’accueil des immigrants. En 1883, la poétesse américaine Emma Lazarus écrit, pour une collecte de fonds destinée au piédestal, un sonnet intitulé The New Colossus, où la statue s’adresse au monde pour accueillir les exilés. Le poème est gravé sur une plaque placée dans le piédestal en 1903. Pour les millions d’immigrants arrivés par bateau à Ellis Island, toute proche, la statue fut la première image de l’Amérique.

À propos de Frédéric Auguste Bartholdi

Né à Colmar, en Alsace, le 2 août 1834, Bartholdi étudie à Paris la peinture, l’architecture et la sculpture. Son voyage en Égypte, en 1855-1856, lui donne le goût du colossal et de la sculpture qui dialogue avec le paysage. Après la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne, il réalise aussi le Lion de Belfort, sculpté dans la falaise sous la citadelle, en hommage à la résistance de la ville. Il consacre près de vingt ans à la Statue de la Liberté et meurt à Paris le 4 octobre 1904.

Et en France ?

On oublie souvent qu’on peut voir la Statue de la Liberté – en plusieurs versions – sans quitter la France.

À Paris. Sur l’île aux Cygnes, au milieu de la Seine, près du pont de Grenelle, se dresse une réplique de bronze d’environ onze mètres, offerte à la ville de Paris par la communauté américaine en 1889, pour le centenaire de la Révolution française. Elle regarde vers l’ouest, en direction de New York. Le jardin du Luxembourg abrite une autre petite statue en bronze d’après le modèle de Bartholdi, et le musée des Arts et Métiers conserve un modèle d’étude, ainsi qu’une réplique exposée devant son entrée. Près du pont de l’Alma, la Flamme de la Liberté, offerte en 1989, reproduit la flamme de la torche.

À Colmar. La maison natale de Bartholdi est devenue le musée Bartholdi, qui présente ses dessins, ses maquettes et l’histoire de la Statue de la Liberté.

Une allégorie française. La figure de la Liberté couronnée et drapée appartient à une longue tradition française. Un demi-siècle plus tôt, Delacroix avait peint une Liberté bien différente – pieds nus, bonnet phrygien, fusil à la main – dans La Liberté guidant le peuple. Bartholdi choisit au contraire une Liberté calme, éclairée, presque antique, plus proche des statues de la Grèce classique.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

La Statue de la Liberté se trouve sur Liberty Island, dans la baie de New York. Elle fait partie, avec Ellis Island, du monument national de la Statue de la Liberté, et elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984.

  • Accès : uniquement par le ferry officiel, au départ de Battery Park (Manhattan) ou de Liberty State Park (New Jersey). Le billet donne accès à Liberty Island, au musée de la Statue de la Liberté et à Ellis Island.
  • Piédestal et couronne : des billets spécifiques sont nécessaires. Pour la couronne, il faut gravir 162 marches étroites depuis le piédestal ; les places partent souvent trois à quatre mois à l’avance. Achetez-les uniquement auprès du vendeur officiel.
  • Le musée : il présente la torche d’origine et l’histoire de la construction.
  • Ellis Island : le musée national de l’Immigration raconte l’arrivée de millions de migrants, pour qui la statue fut le premier visage de l’Amérique.
  • Vue gratuite : le ferry de Staten Island passe devant la statue.

Questions fréquentes

Quel est le vrai nom de la Statue de la Liberté ?

La Liberté éclairant le monde (Liberty Enlightening the World).

Pourquoi la statue est-elle verte ?

Elle est en cuivre. En une vingtaine d’années, l’oxydation a recouvert le métal d’une patine vert-de-gris, qui le protège.

Qui a conçu sa structure ?

D’abord Eugène Viollet-le-Duc, puis, après sa mort en 1879, Gustave Eiffel, qui a imaginé le pylône central et l’armature souple supportant l’enveloppe de cuivre.

Où a-t-elle été fabriquée ?

À Paris, dans les ateliers Gaget, Gauthier et Cie, rue de Chazelles. Elle a ensuite été démontée en quelque 350 pièces et transportée par bateau à New York en 1885.

Peut-on monter dans la couronne ?

Oui, avec un billet spécial, en gravissant 162 marches depuis le piédestal. La torche est fermée au public depuis 1916.

Où voir la Statue de la Liberté en France ?

À Paris, sur l’île aux Cygnes, au jardin du Luxembourg et au musée des Arts et Métiers, et à Colmar, au musée Bartholdi.

Un juriste français l’a rêvée, un Alsacien l’a sculptée, Viollet-le-Duc et Eiffel l’ont fait tenir debout, et des ouvriers parisiens l’ont martelée feuille après feuille. Cent quarante ans après son inauguration, la Liberté éclaire toujours le port de New York – et sa petite sœur regarde vers elle depuis une île de la Seine.

Image : Statue de la Liberté – Frédéric Auguste Bartholdi, 1886, Liberty Island, New York. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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