The Dance Class by Edgar Degas, 1874

La Classe de danse – Degas peint une salle de l’Opéra qui venait de brûler

Quand Degas peint La Classe de danse, en 1874, la salle qu’il représente n’existe plus. L’Opéra de Paris de la rue Le Peletier, où les petites danseuses suivaient leurs cours, a été détruit par un incendie l’année précédente. Degas reconstitue de mémoire et d’après ses dessins une salle de répétition, ses miroirs, son parquet, sa lumière. Sur le mur, à côté du miroir, une petite affiche de Guillaume Tell : c’est un clin d’œil au baryton Jean-Baptiste Faure, star de cet opéra, qui a commandé le tableau. Cette scène si vraie, si « prise sur le vif », est en réalité une construction.

En bref

Un examen de danse

Au centre de la salle, une jeune danseuse, une ceinture rose à la taille, prend une pose – une « attitude » – pour son examen. Devant elle, appuyé sur sa canne, le célèbre maître de ballet Jules Perrot l’observe et la juge. Tout autour, une vingtaine de femmes attendent : des petites danseuses, qui bavardent, s’étirent, rajustent leur tenue, et leurs mères, assises au fond, qui surveillent.

Degas ne peint pas un spectacle, mais l’envers du décor. Il montre l’attente, l’ennui, la fatigue, la discipline. Ce sont les « petits rats » de l’Opéra, des fillettes souvent issues de milieux modestes, qui travaillent dur pour un avenir incertain.

Une commande de Faure

Degas acceptait rarement des commandes. Celle-ci est une exception. En 1872, il conclut un arrangement avec Jean-Baptiste Faure, baryton vedette de l’Opéra de Paris et grand collectionneur de peinture moderne. Il lui promet un tableau représentant une classe ou un examen de danse. Il y travaille par intermittence pendant deux ans et le livre en novembre 1874.

Pour remercier son commanditaire, Degas glisse un détail sur le mur, près du miroir : une affiche de Guillaume Tell de Rossini, l’un des grands rôles de Faure. En 1876, Faure prête le tableau à la deuxième exposition des impressionnistes.

Une salle reconstruite de mémoire

Degas fréquentait l’Opéra de la rue Le Peletier, où il observait et dessinait les danseuses. Mais ce bâtiment brûle en 1873, alors que le tableau est en cours. La salle que nous voyons est donc imaginaire, recomposée à partir de dessins et de souvenirs, comme un décor de théâtre. Les figures elles-mêmes sont assemblées à partir de nombreuses études, dessinées séparément, puis réunies dans la composition.

C’est là toute la méthode de Degas : donner l’impression d’un instant saisi par hasard, alors que tout est longuement construit à l’atelier.

Symbolisme et détails à observer

Le maître et l’élève. La danseuse au centre et Jules Perrot, appuyé sur sa canne, forment le cœur du tableau. Tout le reste est en attente de leur jugement.

La perspective. Le parquet fuit en diagonale vers le fond, les lattes guidant le regard. Le cadrage est décentré, comme une photographie prise de biais.

Les figures coupées. Au premier plan, des danseuses sont coupées par le bord du tableau. Ce cadrage audacieux, inspiré notamment des estampes japonaises et de la photographie, donne l’impression d’une scène qui déborde du cadre.

Les mères. Au fond, quelques femmes en vêtements sombres attendent. Elles rappellent que la danse était aussi une affaire d’argent et d’ambition familiale.

L’affiche. Cherchez-la sur le mur, près du miroir : Guillaume Tell, en hommage à Faure.

Deux classes de danse

Le tableau du Met a une variante, conservée au musée d’Orsay et portant le même titre, peinte vers 1874-1876. On y retrouve Jules Perrot et une salle de répétition très proche, mais la composition est différente. Ensemble, selon le Metropolitan Museum, ces deux toiles sont les plus ambitieuses que Degas ait consacrées à la danse. Elles sont devenues le modèle de toute une imagerie du ballet.

À propos d’Edgar Degas

Edgar Degas naît à Paris en 1834 dans une famille de la haute bourgeoisie. Formé à l’admiration des maîtres anciens, notamment en Italie, il participe pourtant aux expositions impressionnistes, à partir de la première, en 1874 – celle d’Impression, soleil levant. Il se dit cependant plutôt « réaliste » et préfère les scènes de la vie moderne aux paysages en plein air.

La danse devient l’un de ses grands sujets : il lui consacre environ 1 500 œuvres – peintures, pastels, dessins, sculptures. Sa vue décline à partir de la fin des années 1880, peut-être en raison d’une blessure subie lors de la défense de Paris pendant la guerre de 1870-1871. Il meurt à Paris en 1917.

Héritage et influence

La Classe de danse a changé l’image du ballet. Plutôt que les étoiles en scène, Degas a montré le travail, la répétition, l’attente – une vision moderne et presque sociologique d’un monde caché. Ses cadrages décentrés, ses figures coupées, son goût pour l’instant ordinaire ont marqué la peinture et la photographie qui ont suivi.

À la même époque, Renoir peint lui aussi la vie parisienne, mais du côté de la fête et du plaisir, avec le Bal du moulin de la Galette, présenté à l’exposition impressionniste suivante, en 1877.

Et en France ?

L’Opéra disparu. La scène se passe dans l’Opéra de la rue Le Peletier, la grande salle lyrique de Paris pendant la majeure partie du XIXe siècle. Détruit par un incendie en 1873, il a été remplacé par le nouvel Opéra de Charles Garnier. Degas a donc peint, pour un chanteur de l’Opéra, le souvenir d’un lieu que Paris venait de perdre.

La danse au musée d’Orsay. À Paris, le musée d’Orsay conserve l’autre version de La Classe de danse, ainsi que de nombreuses œuvres de Degas consacrées au ballet. On y voit aussi La Danse, le groupe sculpté de Jean-Baptiste Carpeaux, créé en 1868 pour la façade de l’Opéra Garnier et transféré au musée en 1986 – une autre vision de la danse, joyeuse et tourbillonnante.

L’Opéra Garnier. Le palais Garnier, siège du Ballet de l’Opéra national de Paris, se visite. Les « petits rats » d’aujourd’hui sont les héritiers des fillettes peintes par Degas.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

La Classe de danse est exposée au Metropolitan Museum of Art, à New York, dans les galeries de peinture européenne du XIXe siècle.

  • Horaires et billets : vérifiez sur le site du musée ; le billet est obligatoire pour les visiteurs qui ne résident pas dans l’État de New York.
  • Cherchez l’affiche de Guillaume Tell près du miroir.
  • Dans le même musée : de nombreuses autres œuvres de Degas sur la danse, dont des pastels et des sculptures.
  • À Paris : la variante du musée d’Orsay, et l’Opéra Garnier.

Questions fréquentes

Qui a commandé La Classe de danse ?

Le baryton et collectionneur Jean-Baptiste Faure, dans le cadre d’un arrangement conclu avec Degas en 1872. Le tableau lui a été livré en novembre 1874.

Où se passe la scène ?

Dans une salle de répétition de l’Opéra de la rue Le Peletier, à Paris. Le bâtiment avait brûlé en 1873 : Degas l’a reconstituée de mémoire.

Qui est l’homme à la canne ?

Jules Perrot, célèbre danseur et maître de ballet, qui juge la danseuse en train de passer son examen.

Quelle différence avec La Classe de danse du musée d’Orsay ?

Ce sont deux tableaux distincts, peints à la même époque, avec Jules Perrot et une salle de répétition semblable, mais des compositions différentes. La version du Met est celle commandée par Faure.

Combien d’œuvres Degas a-t-il consacrées à la danse ?

Environ 1 500, selon le Metropolitan Museum : peintures, pastels, dessins et sculptures.

Degas a peint une salle de danse qui venait de partir en fumée, et l’a remplie de fillettes qui attendent, s’ennuient, se préparent. Tout semble saisi au hasard ; tout est en réalité composé. C’est peut-être la plus grande leçon de ce tableau : la vérité de l’instant, en peinture, se construit lentement.

Image : La Classe de danse – Edgar Degas, 1874, Metropolitan Museum of Art, New York. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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