The School of Athens by Raphael, 1511

L’École d’Athènes – Le chef-d’œuvre où Raphaël a ajouté Michel-Ange après coup

Au premier plan de L’École d’Athènes, un homme massif, en bottes, est accoudé à un bloc de marbre, la tête dans la main : c’est Héraclite, avec les traits de Michel-Ange. Pourtant, il ne figure pas sur le grand dessin préparatoire de la fresque, conservé à Milan. Raphaël l’a ajouté après coup, sans doute après avoir découvert, en 1511, la première moitié de la voûte de la chapelle Sixtine. Il a fait retirer une partie de l’enduit déjà peint pour l’y glisser. Le plus célèbre hommage à la pensée antique cache ainsi un hommage – peut-être un peu ironique – à un rival bien vivant.

En bref

Une bibliothèque pour un pape

En 1508, le pape Jules II fait venir à Rome un jeune peintre de vingt-cinq ans, Raphaël, pour décorer ses appartements privés au Vatican. La première pièce, aujourd’hui appelée chambre de la Signature, devait sans doute abriter la bibliothèque du pape. Raphaël y peint, sur les quatre murs, les grands domaines du savoir : la théologie, la poésie, le droit – et, avec L’École d’Athènes, la philosophie.

Au même moment, à quelques dizaines de mètres, Michel-Ange peint la voûte de la chapelle Sixtine, avec La Création d’Adam. Les deux artistes travaillent pour le même pape, presque côte à côte, et se jaugent.

Platon, Aristote et les autres

Sous une immense architecture de voûtes et d’arcs, inspirée des projets de Bramante pour la nouvelle basilique Saint-Pierre, plus de cinquante penseurs de l’Antiquité se rassemblent, discutent, écrivent, enseignent. Ils n’ont jamais vécu ensemble : Raphaël les réunit dans un espace idéal, hors du temps.

Au centre, sous l’arc, deux hommes s’avancent. Platon, à gauche, tient son Timée et lève l’index vers le ciel : pour lui, la vérité se trouve dans le monde des Idées. Aristote, à droite, tient son Éthique et tend la main à plat vers le sol : la connaissance part de l’observation du monde réel. En deux gestes, Raphaël résume deux grandes manières de penser.

Platon porte, selon une tradition ancienne, les traits de Léonard de Vinci, l’auteur de La Joconde et de La Cène, avec sa longue barbe blanche.

Symbolisme et détails à observer

Socrate. À gauche de Platon, vêtu de vert, il compte ses arguments sur ses doigts devant un groupe de jeunes gens.

Pythagore. Au premier plan à gauche, il écrit dans un livre ; un élève lui présente une tablette.

Diogène. À demi allongé sur les marches, au centre, le philosophe cynique ignore tout le monde.

Euclide. Au premier plan à droite, penché, il trace une figure au compas devant ses élèves. Il aurait les traits de l’architecte Bramante, compatriote et protecteur de Raphaël.

Ptolémée et Zoroastre. Juste derrière, l’un tient le globe terrestre, l’autre la sphère céleste.

Raphaël lui-même. Tout à droite, un jeune homme au béret sombre regarde le spectateur : c’est l’autoportrait du peintre, qui se place parmi les savants.

Héraclite. Au premier plan, seul, la tête appuyée sur la main, il est vêtu d’une blouse et de bottes de travail, et peint dans un style massif et sculptural qui imite celui de Michel-Ange. Les noms des philosophes ne figurent nulle part sur la fresque : la plupart des identifications reposent sur la tradition et les attributs des personnages.

Le carton de Milan

Pour peindre une fresque, il fallait d’abord dessiner la composition à taille réelle sur un grand papier, le « carton », puis la reporter sur l’enduit frais. La plupart des cartons étaient détruits par l’usage. Celui de L’École d’Athènes, lui, a survécu : c’est un ensemble unique, aujourd’hui conservé à la Pinacothèque Ambrosienne de Milan, dans une salle qui lui est consacrée depuis sa restauration, achevée en 2019.

Sur ce carton, il n’y a pas d’Héraclite, ni d’architecture. La place du philosophe est vide. C’est la preuve que Raphaël l’a ajouté à la fin, sur un enduit refait spécialement – un geste rare dans une fresque déjà terminée.

À propos de Raphaël

Raffaello Sanzio naît à Urbino en 1483, fils d’un peintre de la cour. Formé dans l’atelier du Pérugin, il découvre à Florence l’art de Léonard et de Michel-Ange, puis s’installe à Rome en 1508. Il y devient en quelques années le peintre favori des papes Jules II et Léon X, à la tête d’un grand atelier, mais aussi architecte de la basilique Saint-Pierre.

Il meurt brutalement le 6 avril 1520, le jour de ses trente-sept ans. Selon son souhait, il est enterré au Panthéon de Rome, où sa tombe est toujours visible.

Héritage et influence

Pendant plus de trois siècles, L’École d’Athènes a été le modèle absolu de la « grande peinture » : clarté de la composition, perfection de la perspective, harmonie des figures, idéal d’une culture où l’Antiquité et le christianisme dialoguent. Les académies de peinture de toute l’Europe l’ont étudiée et copiée.

La fresque reste aujourd’hui l’une des images les plus connues de la philosophie. Le geste de Platon et celui d’Aristote illustrent d’innombrables livres et manuels. Elle évoque aussi la Grèce antique, celle du Parthénon, dont Raphaël n’a pourtant jamais vu les ruines.

Et en France ?

Le carton au Louvre. En 1796, après les victoires de Bonaparte en Italie, le carton de L’École d’Athènes fait partie des œuvres saisies et envoyées à Paris. Il est exposé au Louvre, dans la galerie d’Apollon, pendant près de vingt ans. Après Waterloo, en 1815, il est rendu à Milan.

Une École d’Athènes de six mètres sur neuf. Au XIXe siècle, l’État français veut offrir aux élèves peintres des copies à taille réelle des chefs-d’œuvre italiens. Sous la direction d’Ingres, grand admirateur de Raphaël, le peintre Paul Balze réalise une immense copie à l’huile de L’École d’Athènes, de six mètres sur neuf. Elle a été exposée un temps au Panthéon de Paris, puis rendue à l’École des Beaux-Arts, qui la conserve. Un calque en a même été tiré pour la bibliothèque Sainte-Geneviève, où cette « copie de copie » est toujours visible.

Michel-Ange à côté. Dans la même école, la chapelle des Petits-Augustins abrite une autre copie monumentale, celle du Jugement dernier de Michel-Ange, commandée en 1833 au peintre Xavier Sigalon et restaurée en 2022-2023. Raphaël et Michel-Ange se font face, une fois encore, à Paris. Nous parlons des copies et des versions dans Quelle version regardez-vous ?

Raphaël au Louvre. Le musée du Louvre conserve plusieurs chefs-d’œuvre de Raphaël, dont La Belle Jardinière et le portrait de son ami Baldassare Castiglione.

Où voir l’œuvre aujourd’hui

L’École d’Athènes se trouve dans la chambre de la Signature, l’une des « Chambres de Raphaël », au palais apostolique, dans le parcours des musées du Vatican, à Rome.

  • Réservez en ligne, longtemps à l’avance en haute saison. Les musées du Vatican sont généralement fermés le dimanche, sauf le dernier dimanche du mois ; vérifiez les horaires sur leur site.
  • Prévoyez du temps : les Chambres de Raphaël se trouvent sur le parcours qui mène à la chapelle Sixtine.
  • Regardez les quatre murs de la chambre de la Signature : L’École d’Athènes fait face à la Dispute du Saint-Sacrement, consacrée à la théologie.
  • À Milan, la Pinacothèque Ambrosienne présente le carton original.
  • À Paris, la copie de l’École des Beaux-Arts n’est visible que lors de visites ou d’ouvertures exceptionnelles ; celle de la bibliothèque Sainte-Geneviève se voit plus facilement.

Questions fréquentes

Qui sont les deux personnages au centre ?

Platon, qui montre le ciel, et Aristote, qui tend la main vers le sol. Platon porte, selon la tradition, les traits de Léonard de Vinci.

Michel-Ange figure-t-il dans la fresque ?

Oui, sous les traits d’Héraclite, accoudé au premier plan. Il est absent du carton préparatoire : Raphaël l’a ajouté à la fin, sans doute après avoir vu la voûte de la Sixtine en 1511.

Raphaël s’est-il représenté ?

Oui, tout à droite, parmi les savants, le regard tourné vers le spectateur.

Où se trouve le dessin préparatoire ?

À la Pinacothèque Ambrosienne de Milan. Il a été exposé au Louvre de la fin du XVIIIe siècle à 1815.

Peut-on voir L’École d’Athènes à Paris ?

Une copie monumentale de Paul Balze est conservée à l’École des Beaux-Arts, et un calque de cette copie à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Raphaël a peint une assemblée idéale où les plus grands esprits de l’Antiquité dialoguent sous les voûtes. Puis, au dernier moment, il y a ajouté son rival, seul, pensif, dans un autre style que le sien. L’École d’Athènes célèbre la pensée antique – et raconte aussi, à qui sait regarder, une histoire très humaine de rivalité et d’admiration.

Image : L’École d’Athènes – Raphaël, vers 1509-1511, chambre de la Signature, Vatican. Licence : domaine public. Source : Wikimedia Commons.

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